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Chloé Aubel : de l’ESMA à Maison Sud, la création se conjugue à deux

chloé aubel

Retrouver sa place dans la création, rencontrer celle qui deviendra son associée, puis imaginer une agence pour valoriser les talents du Sud : le parcours de Chloé Aubel s’est construit à la faveur de quelques déclics et de rencontres décisives. Diplômée de l’ESMA en décembre 2024, la graphiste développe aujourd’hui Maison Sud avec Camille Sanchez, rencontrée pendant ses études. Une aventure entrepreneuriale nourrie d’amitié, d’ambition et d’une conviction : aucune expérience, même la plus modeste en apparence, n’est à négliger.

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Retrouver le chemin de la création

Lorsqu’elle rejoint l’ESMA en 2020, Chloé Aubel a déjà terminé un premier cursus. Mais quelque chose lui manque. Au fil de ses études, la création a perdu la place qu’elle aurait aimé lui donner. C’est une rencontre qui va changer la suite : une personne sur le point de s’inscrire à l’ESMA lui parle de l’école. La conversation fait son chemin, puis devient une évidence.

« Plus je m’intéressais à l’école, plus je me disais : “Mais c’est exactement ça que je dois faire.” » Il ne s’agit pas simplement de choisir une nouvelle formation, mais de retrouver une direction dans laquelle elle se reconnaît. Chloé se renseigne, approfondit, et finit par faire confiance à ce sentiment qui ne la quitte plus : « Je pense que j’ai juste suivi mon instinct. J’ai senti que c’était là que je devais être. »

Avec le recul, ce choix ne se résume pas à l’apprentissage d’un métier. Il lui a aussi permis de rencontrer d’autres sensibilités, d’enrichir la sienne et, sans le savoir encore, de trouver la personne avec laquelle elle allait se lancer dans la vie professionnelle.

 

Une méthode de travail, une culture et des rencontres

De ses années à l’ESMA, Chloé retient d’abord des acquis dont elle mesure aujourd’hui l’utilité au quotidien. La méthodologie, notamment, constitue un repère lorsqu’il faut travailler pour un client, organiser un projet et avancer sans le cadre de l’école.

Ce qui pouvait sembler relever des habitudes de travail étudiantes prend alors une autre dimension. On retrouve des réflexes, une manière d’aborder les étapes, des points d’appui pour ne pas se laisser déborder. « Ça nous sert beaucoup comme repère de reprendre les façons de travailler, la méthodologie qu’on avait à l’école », explique-t-elle.

Il y a aussi tout ce qui nourrit la création sans nécessairement apparaître dans le résultat final : les connaissances, les références, l’histoire de l’art. Une matière accumulée au fil des cours, dans laquelle elle continue de puiser. « Je pense qu’on se sert de tout ce qu’on apprend à l’ESMA. »

projet affiche polar

Mais lorsqu’elle évoque ce qui l’a le plus marquée, Chloé revient très vite à l’humain. Aux échanges dans sa classe, bien sûr, mais aussi aux discussions avec les étudiants des autres cursus. Découvrir leurs passions, leurs expériences et leurs façons de voir lui paraît aussi précieux que les apprentissages eux-mêmes. « On peut découvrir plein de choses en partageant tout ça. »

Parmi ces rencontres, l’une occupe une place particulière : Camille Sanchez, devenue sa meilleure amie, puis son associée. Leur histoire commune commence à l’école et se prolonge aujourd’hui avec Maison Sud. Pour Chloé, cette continuité est une réussite en soi : « Aujourd’hui, on lance notre agence ensemble, et c’est le plus beau des accomplissements. »

 

Une affiche pour faire le premier pas

Avant Maison Sud, il y a eu un projet qui leur a permis de se découvrir au travail : la création d’une affiche pour What A Trip !, le festival international du film de voyage et d’aventure de Montpellier.

Organisé sous forme de concours, le projet se situe à ce moment charnière où les études commencent à ouvrir sur la vie professionnelle. Pour Chloé et Camille, c’est aussi l’une des premières occasions de travailler officiellement ensemble. Elles s’y engagent avec une énergie dont Chloé se souvient encore très précisément : « On était ultra passionnées par ce projet. »

L’enjeu dépasse rapidement le simple exercice. Les deux étudiantes veulent défendre leur proposition jusqu’au bout. Elles y consacrent du temps, s’investissent pleinement et remportent le concours. Mais ce qui reste surtout dans la mémoire de Chloé, c’est la présentation orale et la réaction qu’elle suscite : « Le client a eu un coup de cœur énorme, directement sur l’affiche. »

Le festival cherchait un tournant ; leur proposition rencontre cette attente. Pour les deux futures associées, voir leur travail provoquer une adhésion aussi immédiate représente une première confirmation : leur duo fonctionne, et ce qu’elles imaginent ensemble peut trouver sa place au-delà de l’école.

L’expérience ne s’arrête d’ailleurs pas au concours. La collaboration avec le festival se poursuit, faisant de cette affiche bien plus qu’un souvenir étudiant : l’un des premiers jalons de leur aventure commune.

affiche what a trip

Maison Sud, des identités à inventer et des talents à réunir

Le nom de leur agence exprime déjà une intention. Avec Maison Sud, Chloé et Camille souhaitent « valoriser les talents du Sud ». Un ancrage géographique, mais aussi l’envie de faire connaître des créateurs et de susciter des collaborations.

Leur terrain de prédilection est l’identité visuelle. Concevoir un logo, donner une cohérence à une marque, faire émerger une image là où tout reste à construire : elles aiment ce moment où le projet commence à devenir visible. Chloé y voit à la fois une responsabilité et une source de fierté. Il s’agit de « donner une image à une marque naissante », parfois encore dépourvue de tout univers graphique.

Les affiches occupent également une place importante dans leurs envies. Elles leur offrent une liberté d’expérimentation et la possibilité de faire dialoguer plusieurs pratiques. La photographie, qu’elles apprécient particulièrement, peut y côtoyer l’illustration ou les arts plastiques. « C’est un support qui nous permet de vraiment montrer aussi notre créativité. »

En parallèle du développement de l’agence, Chloé travaille également comme graphiste numérique pour des séries télévisées. Son activité se construit ainsi entre plusieurs cadres de création, tandis que Maison Sud prend progressivement forme.

À terme, les deux associées aimeraient disposer d’un lieu à Montpellier. Pas seulement de bureaux où installer leurs ordinateurs : elles imaginent un espace dans lequel accueillir d’autres artistes, réaliser leurs propres shootings photo et proposer des expositions. Un lieu qui donnerait une réalité concrète à leur envie de faire ensemble.

Ce projet reste à construire, mais il précise déjà leur ambition : développer une agence tout en créant des occasions de rencontre autour d’elle.

 

Défendre sa créativité, apprendre les réalités du métier

Se lancer, c’est aussi découvrir ce qui résiste. Chloé ne le cache pas : passer de ses envies créatives aux attentes d’un client demande parfois des ajustements frustrants.

Certains arrivent avec une idée très précise de ce qu’ils souhaitent. D’autres hésitent devant une proposition qui s’éloigne de leurs habitudes. Pour de jeunes graphistes désireuses d’affirmer leur sensibilité, l’équilibre n’est pas toujours simple à trouver. « Des fois, c’est un peu frustrant parce qu’on doit un peu rentrer dans les cases. »

À cette négociation autour des choix créatifs s’ajoute tout ce qui accompagne l’activité indépendante : les questions juridiques, les démarches administratives, les aspects du métier avec lesquels on ne se sent pas nécessairement à l’aise au départ. Chloé les évoque sans dramatiser, mais sans les minimiser non plus. L’expérience aide, progressivement, à mieux les appréhender.

Ces difficultés n’effacent pas ce qui lui plaît profondément dans le métier. Et ce plaisir ne réside pas uniquement dans la conception. Il se prolonge au moment de présenter un projet, de l’expliquer et de découvrir la réaction de la personne pour laquelle il a été imaginé.

Les retours positifs reçus jusqu’ici comptent beaucoup pour le duo. Ils donnent une traduction concrète au travail accompli. « À chaque fois qu’on sort d’une présentation et que le client a été satisfait, c’est à ce moment-là qu’on se dit que c’est pour ça qu’on fait ce métier. »

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Un stage de première année peut mener beaucoup plus loin

Lorsque Chloé s’adresse aux futurs étudiants, son premier conseil est de ne rien sous-estimer. Ni un cours qui semble éloigné de ses centres d’intérêt, ni un projet apparemment secondaire, ni une expérience dont on ne mesure pas encore les possibilités.

Elle en a fait elle-même l’expérience dès sa première année, lors d’un stage de deux mois dans un centre de protection des tortues marines. À l’époque, elle ne sait pas exactement où effectuer son stage. Une occasion se présente ; elle la saisit.

Sur le moment, l’expérience aurait pu sembler limitée à ces quelques semaines. Elle a pourtant ouvert sur d’autres projets, d’une ampleur qu’elle n’avait pas anticipée. Aujourd’hui encore, l’une des rencontres faites pendant ce stage est à l’origine d’un projet sur lequel elle travaille avec Camille. Le sujet reste confidentiel, mais Chloé évoque une portée internationale.

« Il ne faut jamais les sous-estimer, parce qu’on ne sait pas ce que ça peut donner après », insiste-t-elle à propos de ces expériences de formation.

Le même raisonnement vaut pour les enseignements que l’on accueille parfois avec moins d’enthousiasme. Lorsque l’on entre dans une école créative, on vient d’abord pour imaginer, dessiner, expérimenter. Les cours de droit peuvent sembler moins séduisants. Une fois dans la vie active, leur utilité devient beaucoup plus évidente.

Son conseil n’est donc pas de savoir, dès le départ, ce qui servira plus tard. C’est précisément l’inverse : rester suffisamment ouverte pour ne pas écarter trop vite ce dont on ne perçoit pas encore l’intérêt.

 

Trouver son style, à son rythme

Chloé tient aussi à défaire une pression que peuvent ressentir les étudiants en arrivant dans une école d’art : celle de devoir posséder immédiatement un style reconnaissable.

Dans une promotion, certains dessinent depuis longtemps et semblent déjà avoir trouvé leur univers. D’autres cherchent encore. La comparaison peut alors prendre beaucoup de place, au risque de faire oublier que chacun avance différemment.

Pour elle, il n’y a pourtant aucune urgence à se définir. « Le design graphique, ce n’est pas que du dessin. » Une sensibilité peut se révéler dans la photographie, dans une manière d’associer des images ou, plus largement, dans une vision artistique. Elle ne se manifeste pas toujours là où on l’attend, ni au moment où les autres semblent avoir trouvé la leur.

Ce conseil fait écho à son propre parcours : une première orientation, un retour vers la création, une rencontre devenue un projet d’agence, un stage dont les effets se prolongent bien après sa fin. Tout ne se décide pas à l’entrée de l’école. Certaines directions apparaissent en travaillant ; d’autres se précisent au contact des personnes rencontrées.

Alors, plutôt que de chercher à tout fixer trop tôt, Chloé invite à laisser une place à cette évolution : « Parfois, on a juste besoin d’un peu plus de temps pour trouver son style. »

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